Retour du noir; l'espace-temps est confondu - ellipse vivante qui dure et s'agite en sourdine dans chaque coeur à l'arrêt.
De ces jours qui me dépassent je ne retire rien. Il y a bien une volonté de meubler, de faire naître une compréhension par l'étude; mais de ce travail il ne ressort rien que ce sentiment de vacuité [toujours le même], où je n'accroche à rien d'autre qu'à la certitude d'être seule, froide, épuisée dans un désert d'âmes mortes - la mienne n'est pas en reste.

Absence présence. Je vais/sens/pense sans sens possible. Pas de chagrin, juste des constats successifs. Les nécessités biologiques sont les seules à écrire d'instinct leur manifeste quotidien; mais hormis l'activité surinvestie du système végétatif il faut bien admettre que le reste est à la désertion.

*
*      *

 
Une belle illusion, une seule; dans mes rêves je crois avec ferveur au salut venu de nulle part. Il ne vient rien, évidemment. Dans cette détresse je pourrais désespérer, mais non, seule r[ai]sonne la neutralité avec laquelle j'échange quelques répliques muettes.
Il y a [un temps oublié] tu étais à mes côtés. Aujourd'hui tu es auprès des tiens et je bataille seule. La souffrance est duelle et unie tout à la fois, en moi, sur tous les territoires; je ne recherche aucune issue; pas de réponse dans cet écho qui appelle; j'ai abandonné.

Ce qui me manque aujourd'hui pour avoir ou une crédibilité, ou du volume sonore, c'est la jeunesse. La jeunesse entraîne sollicitude ou connivence à vingt ans; à trente, elle se mue en pitié dont on ne tire au mieux que quelques conclusions condescendantes.
 
*
*    *

p. 454 - H.M

La première fois qu'on offre sa santé, sa force, son âme ignorante à l'amour où à l'éther, quelle résonance profonde, mystérieuse! Cela seul compte, cette rencontre...
Quand un être faible succombe, qui s'en aperçoit? Mais quand un être fort succombe, le spectacle est inouï.

---

Avec de la fumée, avec la dilution du brouillard
Et du son de peau de tambour
Je vous assoirai des forteresses faites exclusivement de remous et de secousses,
contre lesquelles votre ordre multimillénaire et votre géométrie
Tomberont en fadaises et galimatias et poussières de sable sans raison.

Glas! Glas! Glas sur vous tous, néant sur les vivants!
Oui, je crois en Dieu! Certes, il n'en sait rien!
Foi, semelle inusable pour qui n'avance pas.
Ô monde, monde étranglé, ventre froid!
Même pas symbole, mais néant, je contre, je contre,
Je contre et je te gave de chiens crevés.
En tonnes vous m'entendez, en tonnes, je vous arracherai ce que vous m'avez refusé en grammes.

Le venin du serpent est son fidèle compagnon,
Fidèle et il l'estime à sa juste valeur.
Frères, mes frères damnés, suivez-moi avec confiance.
Les dents du loup ne lâchent pas le loup.
C'est la chair du mouton qui lâche.

Dans le noir nous verrons clair, mes frères.
Dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite.
Carcasse, où est ta place ici, gêneuse, pisseuse, pot cassé?
Poulie gémissante, comme tu vas sentir les cordages tendus des quatre mondes!

Comme je vais t'écarteler!