Vendredi 12 juin 2020 à 15:30

Il est de ces moments (de rencontre avec les êtres ou avec la nature) où la contemplation s’impose à soi. Les mots ne viennent plus ; du réel, le Moi se retire pour mieux observer, entendre, sentir, ne rien oublier, et si l’on tente de rattraper les souvenirs par la parole, il s’agit bien souvent d’une œuvre malhabile ne valant rien de plus qu’une pâle photographie. Le sentiment qu’il me reste de cet échange, c’est une humilité profonde baignée de gratitude sans que rien ne soit dit ; l’émotion qui s’inscrit, une vulnérabilité d’enfant gardant les bras tendus vers un vide abyssal qui ne se peuple pas.

Du chagrin dans l’esprit, l’âme assourdie et emmurée dans l’ombre, j’ai attendu que s’égrènent les minutes jusqu’à ce que s’ouvre la porte pour mettre fin à cet immobilisme. En un instant le temps s’est brisé ; émiettée, je me suis rassemblée en sursaut, comme si les secondes avaient repris le cours du métronome en un mouvement de rupture – de silence vers le bruit. C’est une lumière qui s’est installée en moi comme une évidence, en prenant le relais de mes gestes pour m’extraire du gouffre, hors de l’ennui – la torpeur, une terreur.  Pour être honnête, j’avais mal au cœur [avant même] de me trouver devant vous.

J’ai, dans les yeux, le calme de vos traits posés sur ma mémoire. Votre voix [me] résonne, mais le son est codé, sans accès ; il ricoche sur ma peau, je ne sais quoi en faire, les sens s’emmêlent impuissants vers une réalité où je ne peux qu’être au monde (et où je m’y refuse), dans ce qui demeure, au temps présent, entre ces quatre murs, devant vous et en moi – malgré moi. Tout me glace, je brûle ; je voudrais vous entendre mais je n’écoute plus, je suis autant aphone qu’aveugle née, et mes pensées se figent avec tant de violence qu’elles me semblent imploser jusqu’à ne faire de moi qu’une cendre brumeuse. Je refuse, je lutte, et pourtant je le vois : la douceur me rassemble, et elle me tient au jour. (C’est une douleur que la proximité, je ne gère pas, j’ai mal.)

J’expérimente une réalité trouble. Lovée dans l’inconnu, il me semble que mes sens changent d’état en un transfert d’espace ; exceptionnelle magie qui s’exprime en toute ignorance de ceux qui la dispensent, les mots qui me parviennent sont autant de couleurs que de mains qui se tendent comme des étoiles vivantes.

La lumière est trop vive pour ne pas me blesser, et cela me fatigue de garder dans la nuit mon âme qui bataille à vouloir l’en sortir. Merci d’avoir été si patiente avec moi hier, bien que cela me tourmente encore aujourd’hui, et que je ne sache me départir de cette fébrilité qui parcelle ma raison en nébuleuse obscure. J'ai peur des tracés que son errance dessine (et me confondre en rêve).

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