Il y a un peu de 2010 dans ces parfums de pluie qui tombe. La rosée me ramène des particules du passé; transposées ici, elles me renvoient à ce qui me manque (et ce que je crois manquer tout autant), à l'été de ma campagne d'autrefois, perdu dans le labyrinthe de mes disparitions.
[J'ai toujours eu un doute sur l'orthographe du mot "labyrinthe". Je ne me représente qu'un dédale de boîtes de céréales américaines]

La poésie est un joyau dressé en rempart transparent aux frontières du monde. On la pense oubliée, et pourtant, en une phrase elle érige sa vérité en évidence; lien entre immanence et transcendance, elle s'applique - parfois à son corps défendant - à rendre perceptible le non-manifesté. En cela elle est un chantre curieux, une voix sibylline raccrochée au divin par un fil invisible.
[J'ai le même souci avec sibyllin]

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[Le corps est calme, tranquille, une formule résolue (mais instable). Il se partage sans conflit entre le besoin de s'éprouver et celui de se combler; pour l'heure, le calme par le jeûne est un appel vers l'ailleurs. Mes racines tentent un ancrage en terre céleste, vainement; je suis absente, je ne me survis plus; il y a un renoncement supplémentaire dans ce mode d'être, entre abandon et résignation, où lentement je tends vers la dépossession.
Les émotions sont en coquille. J'observe. A l'ombre elles semblent mortes; rien n'y palpite; seule la pluie des années pré-2014 semble y mettre une stimulation; mais elles finiront par s'y accoutumer, du reste, comme avec n'importe quelle drogue [ces propos m'évoquent un extrait de L'immortalité de Kundera qu'il me faut chercher, et que je reporterai ici à l'occasion; l'illustration est plus nette que mes pensées balbutiantes]. La différence, c'est que je ne suis pas inépuisable. Je me demande bien où je puise encore mes ressources.]

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Ah! Je ne puis rien dire
(Eh bien, vous vous tairez!)
Je ne puis pas bouger
(Vous marchez sur la route)
Où allons-nous ainsi?
(C'est moi qui le demande)
Je suis seul sur la Terre
(Je suis là près de vous)
Peut-on être si seul
(Je le suis plus que vous,
Je vois votre visage
Nul ne m'a jamais vu).


"Alter ego", J.S