Blasée de ce rythme de travail où je circule bêtement dans un établissement vide. Je me sens tellement inutile que j'ai l'impression d'être revenue au temps du Maréchal (quoique j'aie quand même assez de travail pour ne pas tomber si bas).

Je n'ai pas envie de reprendre (pas que je me sente en danger dans cette gestion imbécile de l'espace sanitaire); revoir les adultes me met dans un état d'abattement inattendu, et si je serai soulagée de pouvoir aider de nouveau les petits, je ne suis pas certaine que cela me soit suffisant pour ne pas m'éteindre tout à fait dans une grisaille molle, épaisse, imbouffable.

[je ne parle pas de déprime, rien ne s'apparente à cet état. Je suis indifférente à tout, sans distinction. Tant que l'on me fout la paix je ne demande pas grand chose; j'apporte de l'aide ci et là, ce qui me suffit à justifier de mon existence quotidienne sans trop avoir l'envie de me jeter à la poubelle. Mais cela ne me permet toujours pas de dormir, hélas; je regrette mes nuits cotonneuses qui m'offraient le luxe de sombrer dans l'oubli, une mort facile par projection, cadeau du ciel pour ceux qui [ne] rêvent [pas]]

Je redoute la réunion prévue lundi pour organiser la reprise. Je me suis fait le scénario mille fois, en boucle, de façon différente; je suis incapable de prévoir la réaction qui me prendra (car je ne calcule rien, j'essaie simplement de me montrer droite et pas trop idiote, ce qui jusqu'ici semble fonctionner (mais en comparaison du bulot mort qui me sert de collègue je passe pour un esprit brillant (je remercie ce contraste qui me sauve depuis trois ans auprès de toute l'équipe pédagogique))). Douglas revient manifestement ce soir de Dijon où il s'était confiné; 2 mois qu'il n'a pris contact ni avec les enseignants, ni avec les familles; il se borne à envoyer sur les réseaux sociaux des photos de ses parties de chasse avec son chien. Payé à rien foutre, donneur de leçons, imbu de lui-même, tire-au-flanc devant l'éternel: je ne parviens pas à prendre la hauteur nécessaire pour ne pas lui rentrer dedans avec perte et fracas. Pourtant, il faudra bien user de cette indifférence dont je me targue (oui, j'ai menti: il y a au moins du dégoût et de la colère, c'est déjà une prise au réel).

La prière fonctionne bien; je ne lui veux aucun mal, mais j'ai besoin de ne pas croiser son chemin; sa bêtise doublée de son égoïsme m'épuisent nerveusement sans qu'il n'y puisse rien. J'ai trois jours pour me détacher; il faudra me faire violence pour que je ne me lève pas au beau milieu de la réunion pour me barrer (comme je l'ai déjà fait par le passé lorsque le chef se bornait à ne pas m'écouter).