Mercredi 24 juin 2020 à 21:31

Compliqué de reprendre, compliqué de ne pas retrouver mon rythme d'autrefois pour autant, compliqué de lutter avec l'alimentaire une fois la porte fermée et la journée pliée derrière soi. Chaque jour est un combat, les purges quotidiennes ne limitent plus les dégâts et je ne parviens pas à en faire davantage. Ma pratique de la course à pieds a considérablement diminué avec le retour au travail (ceci explique donc cela), et 15 kilomètres par semaine, ce n'est vraiment pas suffisant.

Je grossis, donc. C'est calvaire dès le matin, et le soir c'est juste l'enfer. Je sens mon corps, j'ai bien du mal, mais en journée avec les élèves j'ai la chance de ne pas y penser (je me jette violemment dans les situations désespérées, c'est dangereux pour tout le monde et vais donc retrouver ma neutralité dès demain). L'alcool n'est plus du tout une aide à la déconnexion, je n'y trouve pas de plaisir; il s'agit juste d'une ouverture pour perdre tout contrôle, me saborder violent, baisser les bras.

Mais j'ai pas de courage pour faire mieux. Je remplis le vide en tout. Je crois bien qu'il n'y a que le travail qui ne m'ennuie pas tout à fait (besoin d'exploitation, de perte de soi dans la nécessité collective, besoin d'oubli); cela dit, je passe mes journées en colère, j'explose devant témoins (mais contre personne (ce qui ne signifie pas que cela ne soit pas anxiogène pour eux)), et paradoxalement j'ai hâte de balayer l'année pour en reprendre une toute neuve, en espérant bien fort que les grandes vacances puissent m'aider à me débarrasser de moi-même sereinement.

Envie de que dalle, ce que je lis me pompe, pas envie de visionner quoi que ce soit ou de faire dans le musical. Totale passivité, je me ronge le temps avec les ongles. Il n'y a que "La Compagnie des auteurs" sur laquelle j'arrive à me concentrer (mais c'est plus agréable en temps de course qu'en statique).

Les récits autobiographiques de Simone de Beauvoir me manquent comme un amour (association d'idées après un épisode sur Sartre). J'avais lu l'ensemble de son oeuvre l'été dernier, et découvrir sa vie avait sacrément nourri la mienne.

En termes de ressentis si vous me posiez la question, je serais bien emmerdée pour vous répondre. De l'ennui, c'est chose majeure, et avec, la tension, le dégoût, la colère.

Je n'ai jamais été si isolée, je ne donne plus de nouvelles ni à la famille, ni à Bruno. Samir propose que l'on se voie début Juillet, j'ai peur d'une attente déçue et ai presque envie d'annuler. Je me laisse le temps, on verra dans quel état je me trouve en fin de semaine prochaine; mais quatre heures de route pour me sentir encore plus seule ne me paraît pas être une très bonne idée. La vie et ses rebondissements possibles m'épuisent d'avance.

Quand je fais le compte, c'est presque un quart de ma vie que j'ai passée à E.-V. [Ca me délite, vieille bande passante, esprit ridé]

Vendredi 12 juin 2020 à 15:49

Quel ennui que cette vie quotidienne, comme l’exaltation me manque, et comme je voudrais être ailleurs ! J’ai l’impression de revivre un temps mort que j’avais oublié ; je me sens inutile, je gaspille le monde, je tourne en rond/en moi sans espoir d’en sortir. La solitude me compose chaque jour davantage ; mes seuls liens sont ceux que je dépose ici, et les dialogues que j’ai avec Mme Kahel (la psychologue avec qui je tente d’échanger). C’est maigre, mais je n’ai envie de rien. Rien ne me nourrit (surtout pas ce qui relève de l’âme (pourquoi, je n’en sais rien (peut-être parce que c’est trop de douleur, et que le spirituel renforce ce sentiment d’isolement qui me rend malheureuse parce que je ne trouve écho dans le cœur de personne pour le mettre en partage))). Je crois que par attente permanente, j’en viens à oublier l’essentiel.

Je ne me suis jamais autant mise en danger, je crois. Je teste mes limites en permanence, et je pense, vraisemblablement, que je vais finir par y laisser ma peau (bien qu’il faudra encore certainement quelques années). Je n’ai plus que de la colère à transmettre, du dépit. L’âme que tu vois dans mes yeux est un leurre : ce que tu y perçois est davantage un souvenir que tu projettes qu’une réalité. J’aimerais te dire le contraire, mais je crois bien que je n’ai plus rien à t’apporter, et que tu ferais mieux de te tourner vers d’autres cieux (j’ai quitté l’éther depuis longtemps).

(en plus, tu n'es pas là, tu t'en moques, tu ne viendras pas, tu ne réponds pas à mes appels, quelle solitude atroce et quelle neutralité, je sens que je glisse, si tu savais, et comme cela me navre)

Vendredi 12 juin 2020 à 15:30

Il est de ces moments (de rencontre avec les êtres ou avec la nature) où la contemplation s’impose à soi. Les mots ne viennent plus ; du réel, le Moi se retire pour mieux observer, entendre, sentir, ne rien oublier, et si l’on tente de rattraper les souvenirs par la parole, il s’agit bien souvent d’une œuvre malhabile ne valant rien de plus qu’une pâle photographie. Le sentiment qu’il me reste de cet échange, c’est une humilité profonde baignée de gratitude sans que rien ne soit dit ; l’émotion qui s’inscrit, une vulnérabilité d’enfant gardant les bras tendus vers un vide abyssal qui ne se peuple pas.

Du chagrin dans l’esprit, l’âme assourdie et emmurée dans l’ombre, j’ai attendu que s’égrènent les minutes jusqu’à ce que s’ouvre la porte pour mettre fin à cet immobilisme. En un instant le temps s’est brisé ; émiettée, je me suis rassemblée en sursaut, comme si les secondes avaient repris le cours du métronome en un mouvement de rupture – de silence vers le bruit. C’est une lumière qui s’est installée en moi comme une évidence, en prenant le relais de mes gestes pour m’extraire du gouffre, hors de l’ennui – la torpeur, une terreur.  Pour être honnête, j’avais mal au cœur [avant même] de me trouver devant vous.

J’ai, dans les yeux, le calme de vos traits posés sur ma mémoire. Votre voix [me] résonne, mais le son est codé, sans accès ; il ricoche sur ma peau, je ne sais quoi en faire, les sens s’emmêlent impuissants vers une réalité où je ne peux qu’être au monde (et où je m’y refuse), dans ce qui demeure, au temps présent, entre ces quatre murs, devant vous et en moi – malgré moi. Tout me glace, je brûle ; je voudrais vous entendre mais je n’écoute plus, je suis autant aphone qu’aveugle née, et mes pensées se figent avec tant de violence qu’elles me semblent imploser jusqu’à ne faire de moi qu’une cendre brumeuse. Je refuse, je lutte, et pourtant je le vois : la douceur me rassemble, et elle me tient au jour. (C’est une douleur que la proximité, je ne gère pas, j’ai mal.)

J’expérimente une réalité trouble. Lovée dans l’inconnu, il me semble que mes sens changent d’état en un transfert d’espace ; exceptionnelle magie qui s’exprime en toute ignorance de ceux qui la dispensent, les mots qui me parviennent sont autant de couleurs que de mains qui se tendent comme des étoiles vivantes.

La lumière est trop vive pour ne pas me blesser, et cela me fatigue de garder dans la nuit mon âme qui bataille à vouloir l’en sortir. Merci d’avoir été si patiente avec moi hier, bien que cela me tourmente encore aujourd’hui, et que je ne sache me départir de cette fébrilité qui parcelle ma raison en nébuleuse obscure. J'ai peur des tracés que son errance dessine (et me confondre en rêve).

Vendredi 29 mai 2020 à 20:13

S’il faut attendre un retour on peut toujours crever.

Etonnamment, c’est quand on me presse de nouvelles que j’ai besoin de m’isoler plus que de coutume ; comme une vengeance, un moyen d’envoyer se faire foutre le monde, absence en super nova par silence, j'y vois une réalisation, une vérité portée.

Je brûle vers vous sans rien dire.

J’y mets plus de symbole que vous, et de signe davantage – il me semble. Si seulement tout ce brassage n’était pas qu’un souffle
mort.

Je pense à Nathalie d'Orsay. Elle a vécu ici presque autant de temps que moi ; arrivée seule, elle est repartie avec une famille. Je ne sais qu’en penser. Pour ma part, arrivée avec moi-même, je repars seule et dépeuplée. Il n’y a pas le moindre parallèle possible (si ce n’est la rue des Minimes), et je m’en sens navrée comme une trahison, un défaut d’existence.

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Je ne comprends pas cette mascarade éducative. Nous sommes des administrateurs donateurs de fausse équité ; qui peut croire encore en l’école de la République, qui peut défendre fièrement cette violence institutionnelle accommodée aux recettes du jour ? J’ai honte, honte pour nous, honte pour tous. C’est tout un futur que l’on fout en l’air par négligence.

Jeudi 7 mai 2020 à 10:52

Blasée de ce rythme de travail où je circule bêtement dans un établissement vide. Je me sens tellement inutile que j'ai l'impression d'être revenue au temps du Maréchal (quoique j'aie quand même assez de travail pour ne pas tomber si bas).

Je n'ai pas envie de reprendre (pas que je me sente en danger dans cette gestion imbécile de l'espace sanitaire); revoir les adultes me met dans un état d'abattement inattendu, et si je serai soulagée de pouvoir aider de nouveau les petits, je ne suis pas certaine que cela me soit suffisant pour ne pas m'éteindre tout à fait dans une grisaille molle, épaisse, imbouffable.

[je ne parle pas de déprime, rien ne s'apparente à cet état. Je suis indifférente à tout, sans distinction. Tant que l'on me fout la paix je ne demande pas grand chose; j'apporte de l'aide ci et là, ce qui me suffit à justifier de mon existence quotidienne sans trop avoir l'envie de me jeter à la poubelle. Mais cela ne me permet toujours pas de dormir, hélas; je regrette mes nuits cotonneuses qui m'offraient le luxe de sombrer dans l'oubli, une mort facile par projection, cadeau du ciel pour ceux qui [ne] rêvent [pas]]

Je redoute la réunion prévue lundi pour organiser la reprise. Je me suis fait le scénario mille fois, en boucle, de façon différente; je suis incapable de prévoir la réaction qui me prendra (car je ne calcule rien, j'essaie simplement de me montrer droite et pas trop idiote, ce qui jusqu'ici semble fonctionner (mais en comparaison du bulot mort qui me sert de collègue je passe pour un esprit brillant (je remercie ce contraste qui me sauve depuis trois ans auprès de toute l'équipe pédagogique))). Douglas revient manifestement ce soir de Dijon où il s'était confiné; 2 mois qu'il n'a pris contact ni avec les enseignants, ni avec les familles; il se borne à envoyer sur les réseaux sociaux des photos de ses parties de chasse avec son chien. Payé à rien foutre, donneur de leçons, imbu de lui-même, tire-au-flanc devant l'éternel: je ne parviens pas à prendre la hauteur nécessaire pour ne pas lui rentrer dedans avec perte et fracas. Pourtant, il faudra bien user de cette indifférence dont je me targue (oui, j'ai menti: il y a au moins du dégoût et de la colère, c'est déjà une prise au réel).

La prière fonctionne bien; je ne lui veux aucun mal, mais j'ai besoin de ne pas croiser son chemin; sa bêtise doublée de son égoïsme m'épuisent nerveusement sans qu'il n'y puisse rien. J'ai trois jours pour me détacher; il faudra me faire violence pour que je ne me lève pas au beau milieu de la réunion pour me barrer (comme je l'ai déjà fait par le passé lorsque le chef se bornait à ne pas m'écouter).

 

Samedi 2 mai 2020 à 5:37

 
1. Cette image que vous avez de moi, vous n'imaginez pas à quel point cela me fatigue; mais je n'en attendais pas moins de vous (après tout, vos jugements vont de pair avec votre misogynie).
2. 6 jours d'éteinte, épuisement d'attente. Je ne t'en veux pas, mais cela n'empêche pas la fatigue.
3. Je vis, en cycle, par semaine, entre vos questions et mes redites internes, filées sur des nuits interminables.

J'attends ce moment où vous prendrez congé de moi, et j'ai peur, voyez-vous, et quelle révolte, tu sais, de savoir que l'angoisse ne correspond à rien qu'à un piètre schéma longtemps surinvesti; je me sens clientèle d'une maison close du soin psychique (au-moins l'image a-t-elle le mérite de me faire sourire).

Csq. Prends de la hauteur, Madame. Ne t'inquiète pas, je n'y manque pas (je m'en moque bien).
 

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*     *
 

5h30, je ne sais pas d'où je tire cette énergie pour rester debout si tôt, sans sommeil, avec en boucle mes dialogues avec vous. De la soirée dernière je ne veux rien perdre, ni l'errance, ni la musique, ni la douleur passée sous silence; vous m'avez, lui comme vous, injecté un peu de votre Est intérieur; et dans le mouvement des voix de vagues et de sel, j'ai senti circuler un peu de sens dans mes veines (il y avait longtemps).

[Vous portez en vous tout le poids de votre oubli]

Vous et moi avons dansé sur Brel; vous m'auriez dit cela la veille je vous aurais gentiment moquée [il n'y a pas d'autre terme qui me vienne que celui-là, dans un mélange de sollicitude et de tendresse]. Pourtant c'était bien moi qui me fixais sur mes pas incertains en regardant les vôtres.

Ce qui, surtout, marque ma mémoire, c'est ce détail sensible de nos mains liées et, avec lui, la douceur de votre peau, la finesse de vos doigts, votre délicatesse. En quelques minutes, nous avons été unies, contingence improbable d'un temps arrêté; je ne parviens pas à rattacher cette réalité à la mienne (d'ailleurs, je n'en ressens rien de particulier, le fait est figé, mais c'est une photographie neutre, plastique, sans émotion et sans histoire). Quel paradoxe.

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*     *

(Je te l'ai dit, c'est l'anesthésie depuis des mois, voire des années (je n'identifie plus le déroulé de l'existence (tu connais le problème))).

 
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Je répète: cela fait 6 jours que je t'attends.

Tu ne réponds à rien. Sarah, Amine, Samuel, j'ignore ce que je glisse entre ces lignes. Dans celles du passé, j'avais inventé des noms; dans celles du présent, j'ai tendance à noyer ceux qui m'ont gardé au monde.

Je suis émiettée, en appel
(j'ai mon tombeau en bordure de vos rivières (et l'amour, ma jeunesse, dans le caveau qui va avec))


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NB: l'usage du Tu (comme du Vous) est multiréférentiel (j'insiste - ce n'est pas un caprice esthétique de lexique).


Mardi 21 avril 2020 à 21:59

 
3 Temps. Passé, Présent, l'Après.
Le temps passé peut-être celui du présent, et celui d'après être un passé - présent toujours au plan premier.

De 0 à 23 rien, l'enfance, emphase. 23 ans reste l'âge d'une prison volontaire, celle où palpite quelque chose, un leurre certainement, mais plein, électrique, insolent.
Aujourd'hui c'est l'après, la sécheresse, et je n'ai rien à donner dans cet enfer.
Jusqu'à se péter les dents sur ses propres os.
Ta réalité, c'est mon hier et mon après tout à la fois.
Mon présent est ton absence, mon souvenir.
Je vis sans attache dans une chimère construite inlassablement pour ma survie. Il est clair que je me raccroche à l'hier comme aux brindilles d'un arbre depuis longtemps scié.

Mois d'Octobre, douleur, solitude.

Mardi 14 avril 2020 à 9:52

 
Question: si le logos n'est pas seulement instrument, est-il médiat et médiations (pour l'accès des humains à l'étant) ou bien immédiateté?

(Leur répondre me fait mal car ce n'est pas eux que je souhaite voir. La personne dont j'ai besoin m'est inconnue, et cet inconnu me plonge dans le plus vide du solis (au sens premier). Ne prenez pas de mes nouvelles, cela n'en vaut pas la peine, je vous en prie. L'échange me fatigue au plus haut point lorsqu'il ne s'accompagne pas d'une compensation des sens.)

 
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[Debussy, Ravel; Moussorgski, Wagner, Liszt à venir. Retrouvé des sensations dans La Mer, découvertes dans le Quatuor. J'ignorais le triptyque musical de Gaspard de la nuit, l'existence n'est pas claire, trop dissociée, c'est dommage; mais désormais, je sais.]

La journée s'annonce violente. La lumière est au-dehors, insolente. J'ai un stress au bout des doigts, le corps frémissant d'une donnée ignorée, mais certaine; peur d'être engloutie par la haine, je lutte en nourritures du ciel, celles données par des disparus plus vivants que vous (et de moi, que dire); je retarde le décompte [j'y suis déjà, déni]; je refuse de me définir par des mouvements d'âme en-dehors de l'âme elle-même; j'ignore combien de temps je peux ainsi me maintenir à la norme de l'énumération du temps, ni comment la rupture (si rupture il y a) se manifestera; le terrestre ne me séduit pas, je n'y trouve pas le réconfort attendu, et le coeur me manque. Si seulement je pouvais sombrer dans le sommeil, mais il ne vient plus; ma vie se résume par justifications énumérées d'accumulation de brins de culture, je n'y trouve qu'une lourde mélancolie sans issue, sans but. Il serait mentir que dire qu'il y a tristesse; il n'y a pas la moindre émotion à l'horizon, juste une lassitude, une fatigue.

Je n'ai plus d'adresse à établir dans mes fausses consolations. Il y a longtemps que je ne Te parle plus, que je ne Vous vois pas, et que toute solution possible me paraît chimérique.
Désert, solitude d'âme comme de terre, au fond je n'ai pas vraiment de racine.

Je ne crie plus. Il n'y a donc pas même la parole d'un écho pour me nourrir de l'espoir - illusoire - d'être entendue. Je suis définitivement en bout de course pour 30 ans.

Lundi 13 avril 2020 à 11:36

[Il y aurait quelque chose - la honte, en premier plan. Je n'ai pas d'explication à donner (de raison comme d'obligation), les marques sont là, elles m'apaisent lorsque je suis seule et me convainquent de demeurer à l'isolement, autant physique que virtuel.

Communiquer n'apportera aucune plus-value à l'existence (jouons les économistes, veux-tu bien); je n'ai rien à vous dire et vous vous portez bien sans moi. Notez, je ne le déplore pas; je m'en saluerais même; j'ai tant fait de vide autour de moi qu'il fait écho jusque dans mes arrières-pays.

C'est grain de sable dans votre désert que cette solitude fondamentale. Si la vie est insensée, sans joie ni douleur, juste une langueur exceptionnelle où chaque mois dure cinq ans par seconde, alors il faut trouver le courage d'en précipiter l'issue. Ton empreinte carbone, idiote, nous coûte trop cher; prière de bien vouloir creuser ta fosse, tu nous rendras service.]

Dimanche 12 avril 2020 à 10:23

 
Il y a un peu de 2010 dans ces parfums de pluie qui tombe. La rosée me ramène des particules du passé; transposées ici, elles me renvoient à ce qui me manque (et ce que je crois manquer tout autant), à l'été de ma campagne d'autrefois, perdu dans le labyrinthe de mes disparitions.
[J'ai toujours eu un doute sur l'orthographe du mot "labyrinthe". Je ne me représente qu'un dédale de boîtes de céréales américaines]

La poésie est un joyau dressé en rempart transparent aux frontières du monde. On la pense oubliée, et pourtant, en une phrase elle érige sa vérité en évidence; lien entre immanence et transcendance, elle s'applique - parfois à son corps défendant - à rendre perceptible le non-manifesté. En cela elle est un chantre curieux, une voix sibylline raccrochée au divin par un fil invisible.
[J'ai le même souci avec sibyllin]

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*    *


[Le corps est calme, tranquille, une formule résolue (mais instable). Il se partage sans conflit entre le besoin de s'éprouver et celui de se combler; pour l'heure, le calme par le jeûne est un appel vers l'ailleurs. Mes racines tentent un ancrage en terre céleste, vainement; je suis absente, je ne me survis plus; il y a un renoncement supplémentaire dans ce mode d'être, entre abandon et résignation, où lentement je tends vers la dépossession.
Les émotions sont en coquille. J'observe. A l'ombre elles semblent mortes; rien n'y palpite; seule la pluie des années pré-2014 semble y mettre une stimulation; mais elles finiront par s'y accoutumer, du reste, comme avec n'importe quelle drogue [ces propos m'évoquent un extrait de L'immortalité de Kundera qu'il me faut chercher, et que je reporterai ici à l'occasion; l'illustration est plus nette que mes pensées balbutiantes]. La différence, c'est que je ne suis pas inépuisable. Je me demande bien où je puise encore mes ressources.]

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*    *


Ah! Je ne puis rien dire
(Eh bien, vous vous tairez!)
Je ne puis pas bouger
(Vous marchez sur la route)
Où allons-nous ainsi?
(C'est moi qui le demande)
Je suis seul sur la Terre
(Je suis là près de vous)
Peut-on être si seul
(Je le suis plus que vous,
Je vois votre visage
Nul ne m'a jamais vu).


"Alter ego", J.S

 

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